Pensée chinoise

La passionnante philosophie chinoise n’est évidemment pas notre propos ici, mais quelques fondamentaux sont utiles à rappeler pour appréhender le monde chinois dans sa différence et les leçons qu’il nous enseigne.

APPROCHE PHILOSOPHIQUE

La philosophie occupe dans la civilisation chinoise une place similaire à la religion en Occident. Confucianisme, taoïsme et bouddhisme ont forgé la pensée chinoise : pas d’histoire de création, ni de paradis ou d’enfer, mais des préceptes que l’on enseigne à l’école, qui sont pratiques et s’appliquent dans la vie au quotidien. La « voie » au sens taoïste ne s’apprend pas, elle se vit, s’expérimente.

Comme chez Platon, la « sagesse » ne renvoie pas à l’image de l’ermite coupé du monde, elle n’est pas dissociable de la pensée politique ou d’une fonction au plus haut rang de l’état par exemple.

Dans la philosophie chinoise il n’y a foncièrement pas de dualité au sens d’opposition ou de contraire (bien/mal, blanc/noir, masculin/féminin, etc.), mais des complémentarités.

HOMME ET NATURE

Ciel, Terre et Homme ont tous les trois leur vocation : les étoiles tournent, le soleil et la lune alternent, les saisons se succèdent, le Yin et le Yang suivent leurs mutations, tout est harmonie et a son existence propre. L’homme s’identifie à l’Univers, c’est pourquoi s’il néglige le Ciel ou la Terre il s’expose à la désharmonie du Tout : concrètement dans les récents tremblements de terre au Sichuan, les Chinois ne parlent pas de « fatalité » ou de « destin », ils acceptent d’être à l’origine de la désharmonie et pensent devoir rectifier leur attitude pour satisfaire le Ciel et la Terre. Lao Zi affirmait : « Ne pas reconnaître l’invariable (loi de la nature) et agir aveuglément conduit au désastre ».

Dans une société historiquement agricole, l’homme est en contact avec la nature qu’il admire et aime. Les Taoïstes ont développé jusqu’à son paroxysme cet aspect, distinguant ce qui est naturel de ce qui est artificiel : tandis qu’ils voient en la nature la source du bonheur humain, ils déplorent la souffrance humaine qui prend sa source dans les transformations provenant de la main de l’homme.

Dans la peinture traditionnelle chinoise, place est donnée au paysage, gigantesque, majestueux, omniprésent ; l’homme y est représenté minuscule, humble, contemplatif.

Une dernière considération : la pensée sociale et économique des philosophes chinois distingue la « racine » de la « branche », comprenez l’agriculture (la production) et le commerce (les échanges). Alors que l’on attribue toutes les valeurs aux fermiers perçus comme innocents, simples, prêts à défendre leurs terres, les marchands sont en bas de l’échelle sociale, qualifiés de corrompus, non obéissants, tricheurs et égoïstes !

TRANSITION

La réalité chinoise du 21ème siècle est complexe, issue d’une longue histoire tumultueuse avec ses périodes de lumières et d’ombres, bouleversante de paradoxes pour nous Occidentaux (vitesse/lenteur, frénésie à déconstruire/reconstruire, etc.). La Chine vient de vivre 2 siècles d’industrialisation occidentale en moins de 50 ans… Oui, il y a des dommages « collatéraux », géographiques et humains, dont on n’a pas fini de prendre la mesure. Mais le prochain siècle s’inscrit à l’Est, définitivement, qu’on le veuille ou non, qu’on l’accepte ou pas, c’est une réalité.

La Chine démesurée nous ouvre un monde de possibles, pour le pire comme pour le meilleur, elle nous aveugle mais aussi, très souvent, nous éclaire…